mercredi 30 janvier 2013

[Tutti tuto Couleurs] Arioviste le Suève

ARIOVISTE LE SUEVE
CHEF GERMAIN

Arioviste le Suève / 2001 / 54mm Prestige Figurine réf. PF54M100



   1.  Un bout d'histoire 
 Celte
Sous ce nom générique est concentré 1000 ans d’histoire, un espace géographique allant de l’Atlantique à l’Oural et de l’Ecosse au pourtour méditerranéen, et une multitude de peuplades.

Les Celtes apparaissent aux environs de 600 avant J.C. dans les écrits grecs, puis romains. Mais leurs origines semblent remonter à –800. Cette civilisation est née dans le centre de l’Europe, dans la région du Harz, et elle s’est peu à peu disséminée dans toute l’Europe occidentale, en plusieurs vagues successives étalées dans le temps. La surpopulation régionale justifie ce phénomène d’émigration. D’abord en spirale autour du Harz, les zones géographiques d’expansion se situèrent ensuite vers l’ouest. La religion, prépondérante chez les Celtes, expliquerait ce choix cardinal : « dans la mythologie celtique, les pays du soleil couchant sont toujours ceux de l’Autre Monde, ceux où se réalise l’achèvement de l’être humain »  Les Celtes p18 


 Petite chronologie
Vers 400 avant J.C., une peuplade celte se rue sur l’Italie du Nord, première expédition en Europe occidentale. De –279 à –277, les Celtes envahissent la Macédoine, puis la Grèce. Tout au long des guerres qui opposèrent Rome et Carthage, les peuples celtes furent alliés aux uns et aux autres, parfois appelés en renfort comme mercenaires.
A partir de –180, les Romains commencent à intervenir en Gaule : d’abord contre les Ligures, peuple d’origine celte (en Provence actuelle), puis en remontant le Rhône.
En –120, les peuples germaniques traversent la Gaule. En –58 débute la guerre des Gaules. Rome, et surtout Jules César, se propose comme « médiateur » dans les conflits inter-tribals qui surviennent continuellement. La soumission à Rome de la majorité des peuples celtiques à la fin de la guerre (vers –50), marquera l’extinction « physique » de la civilisation celte. ; de même, l’arrivée du christianisme en détruira l’esprit...
En 21, éclate et est réprimée la dernière révolte celte en Gaule, à Autun. En 61, la reine Boadicée soulève les Celtes à Londres. En 77, la frontière nord de l’empire romain est fixée : seuls l’Irlande et le nord de l’Ecosse demeurent celtes !
 

Les peuples Celtes
 Les Celtes donc regroupent moult peuples différents (eux même divisés en autant de tribus distinctes), dont les principaux liens communs sont la langue, la religion et l’art (en particulier le travail du bronze et les bijoux). On trouve ainsi les Galates en Asie Mineure, les Boïens, les Vénètes, les Chérusques en Europe Centrale, les Ligües et les Sénons dans le Sud, les Celtibères dans le nord de l’Espagne, les Calédoniens, les Gaèls et les Bretons dans les îles britanniques, les Belges et les Nevins au nord de l’Europe ; et enfin, les tribus gauloises (remarquons qu’ils furent ainsi nommés par les Romains), multiples tribus regroupées sous un même nom générique : les Arvernes, les Eduens, les Bituriges, les Carnutes, les Lingons ... 
Longtemps considérée comme un peuple barbare, les récentes recherches archéologiques ont mis à jour toute la richesse et l’inventivité de la civilisation celte. Il faut dire que, bien que connaissant l’écriture, la tradition orale était d’usage pour toute chose importante. Il n’y a comme seules références écrites, les textes que nous ont légués les Grecs (les « historiens » de leur époque) et les Romains, dont le fameux « Guerre des Gaules » de Jules César (loin d’être impartial, il nous renseigne pourtant dans bien des domaines). 

Arioviste le Germain
Arioviste est un contemporain de Jules César.
Depuis longtemps dans l’Est de la Gaule, un conflit oppose les Eduens aux Séquanes, pour l’extension de leur sphère d’influence. Les Séquanes, vers –70, font appel à Arioviste, roi des Suèves ; ses Germains et lui franchissent rapidement le Rhin (frontière naturelle de la Gaule), et pénètrent en Gaule. En   –60, Arioviste bat définitivement les Eduens à la bataille de Magétobrige, massacrant ou réduisant en esclavage la noblesse éduenne. Victorieux, il s’installe en territoire séquanais et se pose alors en conquérant de la Gaule, exhortant les différents peuples germains à le suivre. En septembre –58, à l’appel de l’Eduen Diviciacos, et sentant surtout la menace que représentaient Arioviste et ses Suèves, Jules César décide d’intervenir. Arioviste refuse toute entrevue avec César, lui tient tête, puis occupe Besançon, place forte des Séquanes. Après plusieurs escarmouches, la bataille décisive a lieu au sud de Mulhouse. César en est le grand vainqueur, repoussant les Suèves au-delà du Rhin. Arioviste réussit à s’échapper, traversant le fleuve dans une barque. Mais, gravement blessé, il meurt peu de temps après.
Pour César, débute la guerre des Gaules.
  


2.  Préparation de la pièce
Il y a des pièces pour lesquelles vous avez un coup de cœur, vous ne savez trop pourquoi; celle-ci en fait partie. L'époque, l'attitude, la gravure font qu'elles attirent irrémédiablement par le pinceau. Seules les mains, aux doigts trop longs et manquant un peu de finesse, auraient demandées à être retravaillées.

A noter aussi, il manque une petite notice explicative : alors ne faîtes pas comme moi, placez le casque à l’endroit ! La partie avancée n’est pas une visière, mais un protège-nuque. Je m’en suis aperçu une fois la figurine finie, en tombant sur l’illustration d’Angus McBride qui a servi de modèle au sculpteur.
L'ébarbage de cette figurine n'est pas aisée et demande beaucoup d'attention et de temps: le filet de joint est plus ou moins fin, les plis de la cape sont par endroit nombreux et profonds; il faut aussi dès à présent préparer les ajustages de toutes les pièces (poignard, casque, épée,...), quitte à limer un peu les parties gênantes. J'ai percé les deux jambes et mis en place les tenons de fixation.
J'ai longuement hésité avant de me décider à monter entièrement la pièce avant la mise en peinture: en fait, l'intérieur de la cape étant uni, il pourra être peint sans trop de gêne; et la mise en place du bras droit et de la main sur le fourreau demandant quelques ajustements, mieux vaut la réaliser avant peinture. Seuls les deux poignards (le plus petit des deux semble être un couteau de chasse), le bout de tresse et les plumes du casque (parce que fragiles) seront collés plus tard. Il m'a fallu ensuite user du milliput pour parfaire les joints main droite/bracelet, casque/couvre-nuque et cape/épaule droite, ajouter un pli à la cape pour couvrir le haut du buste, et reboucher les éventuels défauts de moulage (sur le drapé de la cape notamment).
L'ensemble est ensuite passé à la bombe blanche, puis sous-couché en couleurs (voir le tableau des couleurs). A ce propos, suite à ma rencontre avec David Lane, à qui j'ai exposé mon problème de brillance avec le bleu foncé, j'ai suivi ses précieux conseils en sous-couchant les pantalons avec de l'Humbrol: ça marche ! C'est décidé, je ferai la même tentative pour le vert foncé.

Le décor est réalisé en parallèle du montage de la figurine, toujours dans un souci d'éviter au maximum les manipulations de la figurine une fois celle-ci peinte. Il est réduit à sa plus simple expression, sculpté dans une couche de pâte Darwi, peint avec divers jus et brossages à l'huile.



  3.  Mise en couleurs
Comme je l'ai évoqué plus haut, je voulais essayer de peindre un bleu sans brillance inopportune, à l'huile. Le choix de mes couleurs s'est donc fait en fonction de cette donnée: culotte bleu foncé, tunique bleu claire. J'ai aussi voulu éviter de reprendre les mêmes teintes que la photo de la boîte (figurine peinte par Guy Bibeyran). Contrairement à mon habitude, j'ai commencé par peindre la cape. Je voulais pouvoir décaper la figurine sans remords si je n'arrivais pas à peindre correctement les zones difficiles d'accès. La teinte de base est plus sombre sur la partie intérieure et sur le bas de la cape, et plus clair sur les épaules. Les ombres et lumières sont ensuite déposées et fondues dans le frais. Le motif celte est peint une fois la cape sèche, en ocre jaune d'or (Rembrandt), souligné de cette base + blanc. Je recherchais à obtenir un motif ton sur ton. 

Notre personnage est plutôt chaudement vêtu (période hivernale donc), j'ai donc opté pour une couleur de peau rosée et claire, en aucun cas une peau bronzée.
La cotte de cuir est travaillée carré par carré, chacun étant ombré et éclairé en respectant les différents plis. J'ai simulé en trompe-l'œil les coutures des chausses (à l'arrière et sur le dessus).
Les Celtes utilisaient beaucoup le bronze, même s'ils connaissaient le travail du fer. Les épées avaient une lame en fer et un pommeau en bronze, les fourreaux, broches, bracelets et casques étaient aussi de bronze. Dans notre cas, sur un plan "artistique", cela tombe très bien, cela me permet de rester dans les tons "jaune" de la cape et de la cotte de cuir. Sans m’étendre sur le travail des poudres métalliques (que je ne maîtrise pas encore totalement), je préciserais simplement que les motifs décoratifs du casque et des fourreaux sont dessinés à la TON pure ; que les éclats de bronze sur les parties saillantes sont simulés avec un mélange or (W&N) et poudre d’or (l’or W&N servant de liant à la poudre).


  4.  Finition
Une fois la figurine fixée sur le décor, je colle les quelques pièces manquantes. Je pose de-ci, de-là des salissures, je reprends quelques détails, et en affine d’autres ! Enfin, un dernier long coup d’œil m’assure que je n’ai rien oublié : Arioviste le Suève peut maintenant passer au crible des critiques de mes co-disciples du Bivouac ! 

Prestige Figurine édite là une bien jolie figurine, plaisante à peindre et à regarder (ma version est sobre et sombre, mais vous pouvez corser le plaisir en choisissant une cape à motifs géométriques, ou autres tartans pour les braies !). En tout cas, elle m’a « tapé dans l’œil », et je me suis régalé à la réaliser.  Alors, laissez-vous tenter !

Bibliographie
  • « Les Celtes » : les dossiers Historia aux éditions Tallandier
  • « L’imaginaire Celtique » : éd. Mira, de D. Besançon, M.Treguer, Y. Brekilien
  • « La guerre des Gaules » : de Jules César (éd. Garnier-Flammarion par ex.)

Tableau des couleurs

sous-couche acrylique base huile (W&N) ombres huile éclairage huile
Cape chair mat + terre mat + jaune mat jaune cadmium + BMA +ocre jaune pâle base + BMA puis base + TON base + jaune + blanc
Chair - brun de Mars + blanc + pointe d'ocre jaune brun de Mars puis
BDM + BMA + TOB
base + blanc
Tunique
Bande rouge
104 Humbrol  + blanc
Rouge foncé
bleu de Prusse + TON + blanc
Rouge de cadmium
Bleu de Prusse + TON
Base + TON
base + blanc

base + blanc
Culotte 104 Humbrol bleu de Prusse + noir oxyde + blanc bleu de Prusse + noir oxyde bleu de Prusse + bleu ceruleum + blanc
Chausses Terre mat + jaune mat + ombre brûlée TOB + blanc TOB puis TOB + noir oxyde base + blanc
Cotte de cuir Terre mat + jaune mat terre de Sienne naturelle (Rembrandt) TSN + TOB puis TOB base + blanc
Système pileux Marron orange + terre mat Jaune Talens foncé (Rembrandt) Base + BDM puis TOB Base + jaune + blanc
Bronze Bronze Humbrol or (Fragonnard) + TOB + poudre d’or (Sennelier) base + TOB puis base + TON base + poudre d’or (Sennelier)

(cet article a été écrit en 2001, et retranscrit tel quel) 

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